Quels médicaments peuvent provoquer le bruxisme ?
Le bruxisme n'est pas toujours d'origine psychologique ou idiopathique. Il peut être la conséquence directe d'un médicament. Ce type de bruxisme secondaire est fréquemment sous-diagnostiqué : ni le patient ni le médecin ne font spontanément le lien entre le traitement et le grincement des dents. Pourtant, identifier cette cause permet parfois de résoudre le problème simplement, en ajustant la prescription. Ce facteur médicamenteux s'inscrit dans le panorama global des causes et facteurs de risque du bruxisme.
Antidépresseurs ISRS et IRSN : les plus souvent en cause
Les antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) sont la classe médicamenteuse la plus fréquemment associée au bruxisme. Fluoxétine (Prozac), sertraline (Zoloft), paroxétine (Deroxat), escitalopram (Lexapro) : ces molécules très prescrites augmentent la disponibilité de la sérotonine dans le cerveau.
Or, la sérotonine joue un rôle dans la régulation du mouvement musculaire. Un excès de sérotonine peut provoquer une hyperactivité des muscles masticateurs pendant le sommeil. Les IRSN (venlafaxine, duloxétine), qui agissent sur la sérotonine et la noradrénaline, présentent un risque similaire.
Le bruxisme induit par les ISRS apparaît généralement dans les premières semaines de traitement. Il peut régresser spontanément après quelques mois ou persister tant que le traitement est maintenu.
Psychostimulants et amphétamines
Les médicaments utilisés dans le traitement du TDAH (trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité) — méthylphénidate (Ritaline, Concerta) et amphétamines — sont des stimulants du système nerveux central. Ils augmentent la libération de dopamine et de noradrénaline, ce qui peut induire une tension musculaire accrue et des épisodes de bruxisme, notamment nocturnes.
Les substances récréatives de type amphétaminique (ecstasy, cocaïne, crystal meth) ont le même effet, souvent amplifié par les doses plus élevées consommées. Le bruxisme lié à ces substances est particulièrement intense et peut provoquer des dommages dentaires sévères en peu de temps.
Neuroleptiques, antiépileptiques et autres molécules
Certains antipsychotiques de première génération peuvent déclencher des troubles du mouvement incluant le bruxisme, via leur action sur le système dopaminergique. Des phénomènes similaires ont été observés avec certains antiépileptiques.
La liste des molécules potentiellement en cause est large et continue de s'enrichir. Tout médicament qui agit sur les neurotransmetteurs impliqués dans le contrôle moteur — sérotonine, dopamine, noradrénaline — peut théoriquement induire un bruxisme secondaire. Chaque nouveau symptôme apparu après l'introduction d'un traitement mérite d'être signalé au médecin prescripteur.
Que faire si votre traitement déclenche du bruxisme
La première règle : ne jamais arrêter un traitement psychiatrique sans avis médical. Le bénéfice du traitement de fond dépasse généralement le risque lié au bruxisme induit.
En revanche, plusieurs ajustements sont possibles. Une réduction de la dose peut suffire à faire disparaître le bruxisme. Un changement de molécule à l'intérieur de la même classe thérapeutique peut également aider — toutes les ISRS n'ont pas le même profil de risque. La bupropion, un antidépresseur d'une autre classe, est parfois proposée comme alternative car elle ne semble pas induire de bruxisme.
La supplémentation en magnésium a montré des résultats encourageants dans le bruxisme induit par les ISRS, en réduisant l'excitabilité neuromusculaire. Une gouttière occlusale reste indispensable pendant toute la durée du traitement pour protéger les dents de l'usure.
Pour aller plus loin sur les autres causes du bruxisme :
- Le rôle du stress et de l'anxiété dans le bruxisme
- Le rôle controversé de la malocclusion dentaire
- La composante génétique du bruxisme
- L'effet de l'alcool, de la caféine et du tabac
- Le lien entre apnée du sommeil et bruxisme